Secrets maison

Qu’il fait sombre ici…Et cette odeur de vieux papiers, de murs moisis qui me prend au nez …
Des rideaux fleuris que j’ouvre pour apporter un peu de lumière, s’envole un nuage lourd de poussière.
La pièce se découvre, lentement.
Malgré les toiles d’araignées, les vitres crasseuses, le carrelage crissant de débris … les souvenirs reviennent, m’imprègnent. L’odeur d’huile froide, un reste de savon à la lavande… les blagues, les histoires, les secrets … tout me la rappelle. Reviennent les heures passées à l’écouter se raconter : la guerre, la vie, les morts. Une submersion de souvenirs…Et même sa mauvaise foi me remplit la gorge d’une boule envahissante…. Mamie !

Elle avait l’air plus grande cette maison !

Certains meubles ont été récupérés, les plus utiles ou encore vendables ! La couleur de la cuisine en formica a passé, le poêle est éteint. J’avance lentement, engourdie d’émotion … dans la salle à manger, le lustre tenace pend, agrippé à son fil électrique.
Dans la chambre, le couvre-lit satiné, qui a tant apaisé mes peurs d’enfant, attend langoureux et solitaire … Pas vendable ! Aux poils épars , je dirais qu’il fait encore le bonheur de quelques chats !
La porte de la grande armoire entrouverte laisse deviner un contenu oublié : un coussin, des tissus, quelques draps… Par réflexe, j’ouvre, je caresse… C’est comme dans mon souvenir, râpeux et chaleureux à la fois ! On se fait des souvenirs parfois surprenants !

Un bruit incongru de papier arrête le fil de mes pensées si philosophiques. En glissant la main, je découvre une liasse de feuilles soigneusement repliées. Elle pouvait donc être soigneuse !
Mais pourquoi cacher ces vieux papiers … encore une cachotterie ! Elle nous en a tellement fait !
Mon cœur s’accélère à l’idée de découvrir un de ces secrets, non, LE SECRET maintenant enfouis à jamais : un indice sur mon grand-père, son nom qui sait ?… Je me prends un moment à rêver, à imaginer l’annoncer à ma mère ! …
Après avoir déplié fébrilement le papier jauni, espérant trouver la belle écriture déliée d’époque, je découvre un vulgaire formulaire administratif imprimé … Quelle déception !
Curieuse, je regarde … quelle horreur, c’est un acte de décès , c’est littéralement morbide !
Quand on y pense, une vie sans doute longue, riche, pleine d’émotions et de rebondissements s’arrête ainsi, par un formulaire froid et anonyme ! Que c’est triste.

Il ne doit pas être si anonyme ! Qui a bien pu finir sa vie ici ?
Mon grand-père, l’officiel je veux dire, est mort à Bordeaux. Ma grand-mère à la maison de retraite, il n’y a donc aucune raison de trouver le sien ici.
Qui est-ce ? …. Pas toujours facile de trouver une info sur un imprimé !
Ah ! la date : 2005, il y a dix ans !
Mes yeux circulent pour trouver le nom du malheureux concerné.
Estomaquée, la feuille me tombe des mains…
Ce nom, c’est le mien..
S.L.C.